Master Class « Cinéma, télévision et pouvoir »

à l’Institut d’Études Politiques de Rennes

du jeudi 1er au dimanche 4 novembre 2018
de 8h30 à 13h sur inscription payante
Coordonnée par Alexandre Hallier, producteur

Quelles sont aujourd’hui la place et l’influence de l’image dans la conduite des affaires publiques ? Cette obligation du temps médiatique s’est elle accentuée avec le temps et les technologies ? Quelle influence sur le discours de nos responsables ?

Durant ces quatre jours, à l’aide d’exemples concrets, en images et en témoignages, nous interrogerons dans une perspective historique, la relation ambivalente entre image et politique. Les deux se contredisent et se nourrissent mutuellement. L’image a besoin de transparence quand la politique revendique le secret, la première est dans l’immédiateté quand la seconde revendique le temps long. Parfois la politique devient l’image quand celle ci structure le discours des responsables politiques, eux mêmes de plus en plus producteurs de contenus sur tous les écrans. Et si la crise « supposée » de la représentation n’était pas aussi le résultat du récit que nous faisons de la politique ?

Nous essaierons en compagnie de réalisateurs, photographes, universitaires, auteurs :

– D’analyser l’influence des technologies et de la contrainte médiatique sur le discours politique
– De mesurer le poids de la communication et des mises en scènes dans les images de la politique.
– D’explorer dans le documentaire la relation ambiguë entre réalisateur et sujet. Qui devient alors le vrai metteur en scène ?

PROGRAMME

Jeudi 1er novembre / 8H45-12H30 

Filmer la politique

Présentation générale en présence de Patrick Le Floch, directeur de Sciences Po Rennes et Jean- Michel Djian, président de POLITIKOS

1/ Travaux pratiques avec Yves Jeuland

Conférence en images

Yves Jeuland est un des réalisateurs français qui a le plus filmé la politique, qu’il a également raconté à travers des films d’archives (Camarades, Le siècle des socialistes). Depuis la campagne municipale de 2001 à Paris, il a souvent filmé seul s’approchant au plus près du théâtre politique et de ses acteurs. Ses scènes sont diverses : Politique locale (Le Président, Un village en campagne, Maris à tout prix) ou nationale (Paris à tout prix, Un temps de Président). Le réalisateur nous raconte sa distance à ses personnages qu’il qualifie d « interprètes du réel », la question de la mise en scène du réalisateur mais aussi de celle des communicants. Comment trouver sa juste place vis à vis du sujet principal entre une agressivité « militante » et une complaisance toute aussi partisane ? Comment échapper à la petite phrase obligée qui fige le récit politique ? Quel rôle joue alors le corps des acteurs politiques, laissant apparaître des failles dans des postures figées. Exemples pratiques et discussions à travers des extraits de ses films. Yves Jeuland rend également hommage aux références du genre qui ont ou nourrir son travail et sa réflexion (le rôle du personnage principal in La conquête de Clichy de Christophe Otzenberger, et la place du réalisateur in Le prince et son image d’Hugues le Paige)

2/ Denis Bertrand, sémiologue : la politique en chantant

Conférence en images
Il y a une rhétorique de la musique : elle force l’adhésion par l’émotion, par la passion, de la colère à la joie, de l’enthousiasme au fanatisme. Quelles sont les voies sémiotiques de la chanson politique ? Le sens est à la fois dans les sons et dans les mots, il résonne au plus profond du corps, la sensibilité fusionne avec la conviction. Pour démêler cette intrication de la politique et de la chanson, on va tenter d’en raconter l’histoire en musique.

Vendredi 2 novembre / 8H45-12H30

La politique en photos

1/ Discussion croisée et illustrée (Sébastien Calvet, Jean-Claude Coutausse, Eliott Blondet)

De Magnum à Instagram.
Jean-Claude Coutausse (French Politics, Liberation, Le Monde), Sébastien Calvet (Liberation, Les jours) et Eliott Blondet, trois photographes de trois générations différentes témoignent de leurs parcours et de l’influence croisée de la technologie et de la communication. Comment faire aujourd’hui de la photographie politique quand celle-ci est menacée par la paupérisation, les communicants et enfin le numérique qui transforme ce média plus que tout autre. Regards croisés sur un genre à part entière (la photographie politique) et plébiscité sur tous les supports par une audience jeune et moins jeune mais rompue à la pratique de la photo.

Extrait reporters de Raymond Depardon- Extrait Chirac.
Sélection par les photographes de leurs photos préférés

2/ Hommage à Laurent Troude

Laurent Troude, disparu cette année à l’âge de 50 ans était pour ses confrères l’un des photographes les plus talentueux de la place.

3/ Portraits présidentiels par Denis Bertrand et Sébastien Calvet

Exercice critique et amusé sur cette galerie de portraits officiels qui se répondent, se suivent, se contredisent, plus ou moins réussis où la mise en scène est par nature revendiquée et affirmée. Hommage subjectif au plus réussi d’entre eux, celui de VGE par Lartigue. Un exercice de style filmé deux fois par les documentaristes (Portrait Lartigue par Kohly, Le pouvoir par Rotman)

Samedi 3 novembre / 8H45-12H30

Filmer la politique (suite) : la relation filmeur-filmé

1 / La relation filmeur-filmé-spectateur. 45′. Alexandre Hallier
A travers 5 exemples chronologiques, nous verrons les spectaculaires évolutions de cette relation qui consacre le rôle de plus en plus actif joué par la mise en scène à destination d’un spectateur de plus en plus averti sur les grammaires de l’image.

2 / Rencontre avec Laurent Cibien, réalisateur d’Edouard mon pote de droite 1 et 2. 1h30

Laurent Cibien tourne depuis 2004 le parcours politique de son ami de lycée, Edouard Philippe. Ce projet documentaire au long cours prend aujourd’hui une saveur particulière compte tenu des responsabilités actuelles de l’interprète principal. Edouard Philippe se révèle par ailleurs être un personnage à part entière qui assume et joue avec la caméra. Son réalisateur n’est pas en reste. S’installe alors entre les deux une dialectique étonnante.

Dimanche 4 novembre / 8H45-12H30

Numérique et discours politique

Comment les nouvelles interfaces politiques ont-elles influé sur le discours politique et le corpus idéologique? De la démocratie participative à l’utilisation des données dans les campagnes électorales, nous essaierons à l’aune des actualités récentes de prendre la mesure de la nouvelle donne sur le corpus politique.

1/ Denis Bertrand

Analyse en images de le communication numérique présidentielle. De la page Facebook de la Présidence de la République aux vidéos postées par les équipes d’Emmanuel Macron, quelles sont les nouvelles formes de discours imposées par le numérique.

Discours politique et numérique

Le numérique est désormais une donnée immédiate de la vie terrestre. Aucun savoir, aucune pratique, aucun imaginaire ne lui échappe : c’est la transversale absolue. On cherche ici, dans le champ politique, à analyser et à évaluer les incidences sur les discours de cette incorporation du numérique. Ce qu’il fait au langage, à l’échange, à l’action. La lecture sémiotique est centrée sur une des incarnations politiques emblématiques de cet usage assumé : Emmanuel Macron et ses prothèses de présence que sont facebook, twitter, instagram… Mais en amont et par delà une personnalité particulière, ce sont les propriétés signifiantes plus générales qui sont envisagées : l’espace ouvert aux émotions pré-langagières dans les cris anonymes, les phénomènes de tempo – du vivace au prestissimo – dans la contrainte du bref, les jeux d’intercalation, de suspension, de détournement dans le cours des actions, les béances de la véridiction – avec les manipulations cognitives de la vérité (le fake), la délégation de la mémoire devenue totale, la saturation du savoir et l’encerclement des individus qui se savent sus, etc. Le signifiant numérique détermine en politique une nouvelle syntaxe du persuasif et du dissuasif, promouvant simultanément l’appartenance et le désassemblage. On s’attache à dégager quelques unes des principales règles en formation d’une grammaire qui paraît encore – provisoirement ? – paradoxale.

Denis Bertrand.

2/ Antoinette Rouvroy

Professeure à l’université de Namur (Belgique). Les enjeux d’un nouvel espace public.

La nouvelle donne démocratique.

12H : Conférence de clôture conduite par Hervé Brusini, directeur de France TV.info avec Eric Scherer, directeur de la prospective à France Télévisions.

Inscription 150 € (100€ pour les titulaires des Pass Politikos et les étudiants).
Présence obligatoire sur les quatre demi-journées. Certification de Institut d’études politiques de Rennes.
Voir formulaire de pré-inscription ci-dessous :

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